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Zombillénium, le film d’animation de l’automne

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Passé par Cannes et Annecy, Zombillénium part d’un concept accrocheur avec un parc d’attractions de l’horreur où tous les employés seraient de vrais monstres. Au départ, c’est une série de bande dessinée que l’on doit à l’auteur Arthur de Pins, qui s’est associé avec Alexis Ducord pour adapter son propre conte sur des morts-vivants et d’autres créatures d’horreur gérant leur propre business. Zombillénium est un film 100% européen aussi divertissant que drôle dans ses concepts de fantaisie gothique. Les BD avaient déjà ce charme très graphique, presque cinématographique dans le découpage des plans et de l’action. Dans le film, on retrouve naturellement cette même patte, toujours très inspirée.

1-Zombillénium Copyright Gebeka Films

© Gebeka Films

Synopsis : Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le Vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et s’il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ?

2-Zombillénium Copyright Gebeka Films

© Gebeka Films

Vos enfants vous ont forcément posé la question un jour de savoir si les monstres sont réels. C’est également la question d’une petite fille à son papa au début du film. L’histoire se déroule de manière très connotée dans le nord de la France, reconnaissable à son architecture et sa météo, où des villes avec de petites maisons en pierre côtoient des zones industrielles entourées d’un ciel gris menaçant. Hector est un père célibataire et veuf qui s’occupe de sa petite Lucie qui a 8 ans. C’est un inspecteur de l’hygiène et des normes qui est naturellement prudent et très coincé. Alors que Lucie lui casse les oreilles avec le fait d’aller visiter le parc Zombillénium à deux pas et faire les montagnes russes, il décide de faire une inspection surprise dans le parc afin de trouver n’importe quoi en violation avec son code du travail. Son but est de le faire fermer et ainsi ne pas avoir à y venir avec sa fille. Pendant son inspection, il va par mégarde découvrir que le parc est construit directement au-dessus de l’enfer et que c’est une sorte de purgatoire dirigé par le diable en personne. Le directeur du parc – un vampire dans la force de l’âge – n’a pas d’autre choix que de tuer Hector pour l’empêcher de dire la vérité… Celui-ci va alors devenir une espèce de créature cornue à la Hellboy (ressemblant étrangement au maître des lieux) avec une force et une agilité hors du commun.

3-Zombillénium Copyright Gebeka Films

© Gebeka Films

Dans les autres personnages qui peuplent ce microcosme diabolique, il y a Sirius, squelette et représentant du personnel, Aton, momie et ancien pharaon, et surtout Gretchen, sorcière stagiaire, gothique, pro de la guitare et surtout fille du diable. Dans le film, les vampires sont les principaux antagonistes, portés par Steven, le beau gosse romantique tout droit sorti de Twilight, et très condescendant avec les zombies qu’il juge inférieurs. Dans un autre style, le film n’est pas sans rappeler Hôtel Transylvanie, autre œuvre de monstres gentillets, sauf qu’ici le fond est beaucoup plus noir et mature. Sans doute trop mature pour un jeune public américain dont les parents risquent de s’offusquer inutilement… En France et en Europe, on appréciera au contraire la prise de risque, le second degré et l’expérience offerte. Le scénario prend son temps pour établir son univers – tout en s’éloignant de manière bien pensée de la BD en proposant quelque chose de différent, notamment pour le personnage d’Hector. Le travail sur l’univers est faramineux, il y a une vraie cohérence dans tout ce qui est raconté allié à l’exigence graphique (le film a pris 6 ans de développement !).

L’histoire est au final plutôt simple sans être simpliste et propose une narration efficace à la fluidité exemplaire, il y a plusieurs « plans séquence » animés dans Zombillénium, qui sont d’une beauté étourdissante. Porté par un casting de « voix » – sous-entendu aucune tête d’affiche star – le film a une direction artistique incroyable, fusion entre rendu 3D et design 2D avec des lignes sombres et des ombres très graphiques, aussi bien dans les décors que dans les personnages. Ceux-ci sont hyper attachants, offrant à la fois beaucoup d’humour, de bizarreries décalées, mais aussi d’émotions.

4-Zombillénium Copyright Gebeka Films

© Gebeka Films

Zombillénium a également un message sous-jacent sur la lutte des classes parmi les monstres (allant jusqu’à créer un ghetto de zombies) et le capitalisme ravageur. Truffé de petits clins d’œil à la pop culture mondiale (Michael Jackson, Britney Spears…), Zombillénium dispose en plus d’une sublime BO très entrainante avec beaucoup de reprises de morceaux connus. On pardonne aux cinéastes les quelques maladresses de leur histoire, et on espère surtout que cette petite pépite de l’animation aura droit à une suite pour approfondir son univers !

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard