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Okja, retour sur la polémique autour de ce film soigné et engagé

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Okja de Bong Joon-ho, en compétition au dernier Festival de Cannes, sera disponible sur Netflix à partir du 28 juin. Depuis quelques semaines, le film fait trembler toute l’industrie cinématographique. Au centre de la polémique, il y a la colère des exploitants qui reprochent une telle visibilité donnée par Cannes à une œuvre non destinée aux salles.

La polémique fait rage

© Netflix / Kimberly French

On entend beaucoup parler des problèmes autour de ce Okja, ovni cinématographique qui bouscule la chronologie des médias et met à mal, selon certains, le modèle français de la création. Pour autant, Thierry Frémaux déclarait à la conférence de presse annonçant la sélection du Festival de Cannes qu’il donnerait libre expression à toutes les œuvres de cinéma, même si celles-ci n’ont pas de diffusion en salles. Cette décision innovante est contrebalancée quelques semaines plus tard par une modification des statuts du Festival de Cannes qui oblige, pour les futures éditions, que les œuvres en compétition aient une destination primaire pour le grand écran.

Ce retournement de situation, en réponse aux vives réclamations des exploitants de salles, semble pourtant en contradiction avec l’une des fonctions essentielles de Cannes : permettre de montrer les œuvres et profiter de ce coup de projecteur pour les vendre sur un marché du film international. Peu de personnes s’émeuvent que des films sélectionnés ne trouvent in-fine pas de distributeur, comme par exemple The Disappearance of Eleanor Rigby qui a finalement été racheté par ce même Netflix. Du coup, on semble préférer qu’un film ne soit pas montré plutôt qu’il soit disponible sur une plateforme numérique, dénoncé comme l’ennemi public des cinémas…

Bref, la polémique est finalement assez vaine tant que le public peut avoir accès aux œuvres, comme le petit bijou Okja qui sera aussi percutant dans une salle de cinéma que sur une belle télé HD, un vieil ordinateur, un smartphone ou une montre connectée…

Une liberté de ton

© Netflix / Jae Hyuk Lee

Une puissante multinationale de l’agroalimentaire confie, dans le cadre d’un concours, des cochons modifiés à divers agriculteurs tout autour du monde dans le but apparent de trouver les meilleures techniques d’élevages. Derrière cette initiative altruiste, il se cache une volonté mercantile. La jeune Mija (Ahn Seo-hyun) va l’apprendre à ses dépens lorsqu’après 10 années passées avec le cochon nommé Okja, elle voit débarquer dans son village un vétérinaire fou (Jake Gyllenhaal) pour examiner la bête et la ramener auprès de la présidente de la multinationale (Tilda Swinton).

La force d’Okja est de prendre une liberté de ton qui emprunte à plusieurs registres. On est dans un film résolument comique quand Jake Gyllenhaal fait son numéro décalé. Ce dernier a un accoutrement et une gestuelle excessivement burlesques, notamment lors de sa première apparition au fin fond de la jungle. Habitué au cinéma de Bong Joon-ho, Tilda Swinton livre de son côté une prestation acide, jouant un double rôle de sœurs jumelles sadiques et narcissiques.

Derrière cet air enjoué, il se cache un côté sombre qui apparaît au fil de l’histoire. Le cinéaste va évoquer des sujets douloureux comme le viol, la maltraitance faites aux animaux et même en filigrane les camps de concentration dans les dernières scènes de son film. Il crée ainsi un film militant afin de responsabiliser le grand public sur la surexploitation et la surconsommation. En sortant de visionnage, on n’aura plus envie de manger de la viande comme avant…

Des plans verdoyants superbes

© Netflix / Jae Hyuk Lee

Tout comme son précédent film Snowpiercer, le Transperceneige, le réalisateur coréen donne un rythme soutenu à son histoire. Le spectateur est maintenu en haleine avec des scènes extrêmement efficaces – comme celle de la course poursuite dans un centre commercial ou au moment de la grande parade finale.

La forme esthétique est superbe, surtout lors des moments tournés en nature sauvage. Les couleurs sont verdoyantes. Elles font volontairement contraste avec des images plus sombres lorsqu’on est confronté à la civilisation capitaliste, dont le cinéaste a voulu accentuer la noirceur.

Dans le traitement comme dans le fond, Okja adopte un côté très Disney, surtout dans la relation entre la protagoniste et son cochon. Il se crée entre eux une osmose comparable à celle de la petite Sophie et de son ami « le Bon Gros Géant » de Steven Spielberg, tiré d’un livre de Roald Dahl.

Okja est donc une petite douceur sur fond de militantisme qui utilise une réalisation soignée pour faire passer un message engagé.

Par @Antoine_Corte

antoine_corte