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My Wonder Women, deux femmes pour une héroïne

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My Wonder Women raconte l’histoire vraie – à la fois drôle et surprenante – de la création d’une icône de la pop-culture féminine : Wonder Woman, et derrière, l’inspiration de son auteur. Un mystère qui s’élucide au fil de l’intrigue, qui lie un couple respectable d’enseignants-chercheurs des années 1920, au scandale entourant la création de l’héroïne de comic-book quinze ans plus tard.

Synopsis : Professeur de psychologie à Harvard dans les années 30, William Marston mène avec sa femme les recherches sur le détecteur de mensonges. Une étudiante devient leur assistante, et le couple s’éprend de la jeune femme. Un amour passionnel va les lier, et ces deux femmes deviennent pour Marston la source d’inspiration pour la création du personnage de Wonder Woman.

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© Sony Pictures Entertainment

Au début du film, la réalisatrice Angela Robinson nous donne l’impression que son film va être un nouveau drame en costumes d’époque hyper classique. On démarre dans une salle de classe. Le professeur de psychologie William Moulton Marston (Luke Evans) faisant son cours dans son costume très propret, devant une salle remplie de jeunes étudiantes l’écoutant cérémonieusement. Sa femme et collègue Elizabeth (Rebecca Hall) l’écoute assise dans un coin. Ce n’est que lorsqu’elle prend la parole quelques minutes plus tard que les vraies intentions de la réalisatrice nous sont révélées. Elizabeth se plaint amèrement des « suceurs de bites » qui lui ont encore refusé sa chaire, se prétendant victime de discrimination parce qu’elle « a un vagin », dans une société dominée par des hommes. Le film fait une connexion très directe entre la théorie psychologique de Marston et l’émergence de son héroïne amazone. Le DISC pour « Dominance, Incitation, Soumission et Conformité » sont d’après Marston les quatre piliers des comportements humains. Tandis qu’Elizabeth et lui explorent les secrets de la nature humaine, ils n’hésitent pas à expérimenter. Dans l’une des scènes les plus étranges du film, on les voit se cacher dans le dortoir de leur nouvelle assistante, la belle et jeune étudiante Olive Byrne (Bella Heatchote), alors qu’elle prend part à un rite d’initiation avec sa confrérie universitaire. De jeunes initiées en tenue de bébé, et Olive devant corriger l’une des jeunes recrues en infligeant des fessées à l’aide d’une planche de bois. L’expérience va amuser et exciter le couple tandis qu’Olive va trouver cette expérience humiliante, honteuse (tout en avouant se sentir également excitée). Chose que nous apprendrons un peu plus tard lors d’une session de questions-réponses pour tester un prototype de détecteur de mensonges dont Marston a été le créateur.

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Ce qui commençait comme un biopic scientifique auprès d’un pionnier des études du comportement, s’éloigne rapidement de son sujet initial. Elizabeth craint que la belle assistante ne lui vole son mari, mais le désir d’Olive est tourné autant vers elle que son mari. Sans surprise commence un ménage à trois qui provoque un scandale et les voilà expulsés de leur université. Le monde scientifique ne voulant plus d’eux, ils doivent trouver d’autres moyens de gagner leur vie. Au fil des années, le trio va former sa propre vision (non conventionnelle) de la famille typique américaine : un mari, deux femmes, quatre enfants (des deux mères biologiques), les enfants considérant le trio comme leur père et leurs deux mères, et ceux-ci n’étant pas dans un schéma de polygamie classique puisque les femmes ont également des rapports sexuels entre-elles, quand ils ne sont pas à trois. Et ils font de leur mieux pour cacher leurs rapports fétichistes (puis sadomasochistes) à la petite banlieue cosy où ils se sont installés.

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La première partie du film est plutôt légère et humoristique. Rebecca Hall incarne une Elizabeth impétueuse et franche, parfaite image de Wonder Woman. Marston est lui un ancien espion friand de conspirations et d’aventures, à la guerre comme dans son lit. Et Olive est l’ingénue, mais qui se montre beaucoup plus ouverte dans ses désirs bisexuels que le couple – plus âgé – qui assume moins ce ménage à trois. Olive est présentée comme la nièce de Margaret Sanger, une militante féministe très connue à l’époque, et farouchement opposée aux conventions patriarcales. Le récit prend ensuite une tournure plus sombre, avec des flashbacks montrant Marston interrogé plus tard sur la bienséance de son œuvre auprès d’une Association très puissante, qui juge ce qui est bien ou non pour la jeunesse. Wonder Woman présentant de nombreuses scènes de soumission ou de bondage, il doit défendre son œuvre comme n’étant pas obscène pour les enfants. Marston est un personnage compliqué : on ne sait jamais si Wonder Woman est un simple moyen de gagner sa vie, ou si ses comics lui permettent effectivement d’insuffler ses idées sur le sexe et la soumission auprès des plus jeunes. Il est à la fois visionnaire, partisan et pornographe, fasciné par Freud et Jung, et obsédé par le burlesque et le fétichisme. Wonder Woman est une vision des deux femmes de sa vie, l’une forte et dominante, l’autre pure et naïve, elles forment comme il le dit à un moment « la femme parfaite ».

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© Sony Pictures Entertainment

My Wonder Women souffre des mêmes problèmes que ses personnages qui n’arrivent pas totalement à définir leur identité. Il a souvent la forme d’un drame académique voulant être pris au sérieux, mais se montre très osé, ironique, et par conséquent risqué. L’équilibre entre humour et étude sociale n’est jamais totalement trouvé, même si le film est finalement plutôt réussi. Une chose est sûre : vous ne verrez plus Lynda Carter ou Gal Gadot dans leur tenue de Wonder Woman de la même façon !

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard