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Manhattan Stories, la nostalgie d’une époque

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Dans Manhattan Stories, le réalisateur Dustin Guy Defa veut capter l’esprit de notre époque, et pour cela il fait le choix de placer son récit dans le passé, avec un retour dans le New York des années 70, aussi ironique et décalé que cela puisse paraître. Adapté d’un court métrage, le film présente New York d’une façon peu vue auparavant, loin de la carte postale, en sujet de nostalgie. Manhattan Stories a été de plus tournée en 16 mm, ce qui lui donne un grain pelliculé d’une autre époque, sorte de réminiscence d’un temps révolu.

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© Magnolia Pictures

Synopsis : Une journée à Manhattan. Dès le réveil, Benny, fan de vinyles collectors et de chemises bariolées n’a qu’une obsession : aller récupérer un disque rare de Charlie Parker. Mais il doit aussi gérer la déprime de son coloc Ray qui ne sait comment se racheter après avoir posté en ligne, en guise de vengeance, des photos de nu de sa copine. Pendant ce temps, Claire, chroniqueuse judiciaire débutante passe sa première journée sur le terrain aux côtés de Phil, journaliste d’investigation pour un tabloïd ayant des méthodes douteuses pour obtenir un scoop. Leur enquête va les mener jusqu’à Jimmy, un horloger qui pourrait détenir, sans le savoir, les preuves d’un meurtre. Quelques blocks plus loin, Wendy, une étudiante désabusée du monde actuel, tente de persuader sa meilleure amie Mélanie qu’idéaux féministes et désirs sexuels ne sont pas incompatibles. S’ils ne se croisent pas toujours, une connexion existe entre tous : l’énergie de New York.

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© Magnolia Pictures

Des instantanés photos, c’est un peu ce que nous offre Manhattan Stories : le film est composé de scénettes qui suivent les histoires de cinq groupes différents sans jamais tisser de liens entre eux ou créer un ensemble harmonieux. En tant que photographie d’une époque, on prend les histoires en cours à un instant T, et si on pourra retracer les événements qui les ont précédés, le film n’offrira pas de fin réelle et tout paraîtra en suspens. Michael Cera interprète un journaliste, à deux doigts du loufoque, mais manipulateur, presque prédateur. « Vous commencez à voir tout ça comme un modèle cohérant, juste et inévitable » c’est avec ces mots qu’il présente la tragédie humaine qui a lieu chaque jour à New York à sa nouvelle recrue, une version très négative de la vie ; et pourtant dans le film, tous ces petits drames du quotidien paraissent infiniment nuancés. Le réalisateur présente en une scène de nombreux petits drames justement, où la caméra suit un couple qui se dispute dans la rue, « qu’as-tu fait de ta vie ? » crie l’un, l’autre répond, et un tiers personnage émerge sur le trottoir et la caméra le suit à son tour, comme si on quittait un drame pour aller directement vers le suivant, tous les gens dans la rue représentant autant de mini-dramas potentiels.

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© Magnolia Pictures

En plus de l’histoire du journaliste et sa recrue, on suit pêle-mêle : un homme nommé Bene qui veut acheter un vinyle rare à un étranger (et qui se fait avoir). Son ami Ray qui essaye d’arranger les choses avec sa petite amie Janet, dont il a posté des photos d’elle nue sur internet. Ailleurs, deux adolescentes sèchent les cours pour un double rendez-vous avec des garçons. Et une journaliste débutante passe la journée avec son nouveau patron, enquêtant sur ce qui semble être un meurtre maquillé en suicide, qui va les mener dans un atelier de réparation de montres, tenu par un vieux monsieur triste. Autant l’avouer, ce qui impacte le plus dans ce film c’est cette texture : une superbe bande sonore, une photographie magnifique, et une vraie atmosphère, à la fois apaisante mais triste. Pour un film dont la narration est construite autour de non-dits et d’euphémismes, à la fois comique et dramatique, Manhattan Stories se révèle étonnement émouvant. Les moments tendres, comme lorsque Bene fait la lessive pour son pote Ray déprimé, ou lorsque ce dernier plein de remords s’excuse en pleurs auprès de sa petite amie, sont d’autant plus touchants qu’ils arrivent au milieu de moments presque légers. Les dialogues cependant ne sont pas la plus grande qualité du film, et devraient en agacer certains. Mais ils prennent parfois une tournure comique, comme lorsque les deux adolescentes parlent de sexe, et que l’une des deux demande à l’autre « d’arrêter de parler de bites et de vagins », elles se rendent compte qu’elles n’ont plus rien à se dire et s’en suit un silence…

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© Magnolia Pictures

Quel intérêt de faire croire que le film se déroule dans les années 70 ? se demanderont certains, le réalisateur explorant le sentiment de notre époque et la nostalgie profonde. C’est en fait un film qui s’adapte au présent en puisant dans la beauté du passé. Une façon de comprendre l’ampleur de tous les petits drames de la vie, mais de s’en éloigner. Trouver un sens dans ce microcosme d’étude permet de voir le monde tourner en général, et Manhattan Stories est très réussi quand il s’agit de capturer ces petits instants de vie. D’une certaine façon, une journée à New York en 1976 avec quelques personnages a autant de sens et d’importance qu’une vie entière en 2018. Un film plein de petits messages et définitivement plus subtil qu’on pourrait le penser de prime abord.

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard