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Life – Origine inconnue (mais qui assume son héritage)

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Passé totalement inaperçu dans les limbes du marketing – aussi bien aux États-Unis où il aura du mal à rembourser son budget de 58 millions de dollars qu’en France où l’on en entend très peu parler – Life – Origine inconnue a pourtant plus d’une corde à son arc. Le trailer, anxiogène à souhait, révélé en fin d’année dernière, avait attisé notre curiosité même si on craignait au final avoir un mauvais avatar d’Alien. Le réalisateur Daniel Espinosa n’ayant rien fait d’intéressant jusqu’à présent (le fade Sécurité rapprochée avec Ryan Reynolds et l’encore plus fade Enfant 44) et ce n’était pas pour nous rassurer. Au final, difficile de ne pas être happé par Life, tendu et nerveux de bout en bout. Et ce n’est pas un film gentil…

Synopsis : À bord de la Station Spatiale Internationale, les six membres d’équipage font l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité : la toute première preuve d’une vie extraterrestre sur Mars. Alors qu’ils approfondissent leurs recherches, leurs expériences vont avoir des conséquences inattendues, et la forme de vie révélée va s’avérer bien plus intelligente que ce qu’ils pensaient…

Life 1 Copyright 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

© 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

Dans l’espace, personne ne vous entend crier… Life est le parfait rejeton du Alien de Ridley Scott qui se serait accouplé au Gravity d’Alfonso Cuaron, le premier plutôt pour l’histoire horrifique, le second pour l’inspiration de la mise en scène spatiale. Gravity d’ailleurs se ressent fortement dans la scène d’ouverture, un long plan séquence à travers la station en ébullition (et la musique toute en sons électroniques et basses). Bien sûr, on pense aussi à d’autres cadors du genre comme 2001, l’Odyssée de l’espace ou Solaris, même si dans le fond Life tient plus de la bonne série B gore classieuse qu’une réflexion profonde et métaphysique à la Sunshine de Danny Boyle. À bord de la station spatiale internationale, un casting de stars avec Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds et l’icône en devenir Rebecca Ferguson (qu’on a vu récemment aux côtés de Tom Cruise dans Mission : Impossible 6 et La Fille du train) qui vont devoir combattre une espèce de pieuvre de l’espace en huit clos et en apesanteur. Et Life demeure extrêmement agréable et maîtrisé de bout en bout, un grand huit de l’effroi où, une fois embarqués, vous serez tenus en haleine pendant près de deux heures ! Deux heures tendues, souvent sanglantes en forme de parfait cauchemar. Le temps d’installer ses personnages (de différentes nationalités pour correspondre à la réalité de l’ISS) et la mise en situation (la récupération d’une sonde ayant extrait des poussières martiennes abritant un extra-terrestre) et le film devient enfin la petite bombe effrayante et gore qu’on attendait.

Life 2 Copyright 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

© 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

Bien sûr, les personnages sont assez archétypaux et les rebondissements attendus, jusqu’à la scène finale qu’on espérait et qui se révèle méchamment noire et jouissive. Cela n’empêche pas cependant de ressentir de l’empathie envers eux puisqu’ils forment un groupe solidaire très soudé qui sera en permanence dans l’émotion et le danger de voir l’un d’eux risquer sa vie (contrairement justement à Alien où le groupe est assez hétéroclite et sûrement pas soudé mais tourné vers la survie individuelle). Cela s’en ressent grandement au détour de plusieurs scènes d’intimité lorsque la créature laisse quelques minutes d’accalmie à nos héros pour souffler. D’ailleurs la créature n’est à aucun moment une menace cachée comme de nombreux films de genre puisqu’on la voit pleine et entière de nombreuses fois. L’histoire est d’ailleurs un peu ironique puisque dans la station, le biologiste va se prendre directement pour Dieu en ranimant la cellule qui donnera plus tard le monstre tentaculaire et intelligent qui va s’attaquer à son « créateur ». L’ironie résidant dans le fait que les humains sont les premiers monstres par qui la violence arrive, la bête cherchant juste à se défendre pour survivre.

Life 3 Copyright 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

© 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

Malgré un concept qui rappellera Prometheus, la créature est purement terrifiante et on comprend très rapidement sa dangerosité à travers la première scène choc du film – hommage à l’éclatement thoracique d’Alien – qui est difficilement regardable, purement répugnante quitte à prendre le spectateur à rebrousse-poil en tuant sans fioriture et avec beaucoup de sang l’un des personnages principaux. Et le restant du temps, Life va nous faire découvrir les moindres recoins de la station (l’apesanteur ajoutant un effet très fluide à la mise en scène et à l’utilisation des décors dans tous les sens) en déployant des gerbes de sang avec beaucoup de nervosité pour les personnages et le spectateur. Effectivement, il n’y a pas une énorme originalité – le pitch et la mise en scène ayant déjà été vus chez d’autres réalisateurs – mais l’hommage rend bien car il est très bien maîtrisé à défaut d’inventivité, et on ne s’ennuie jamais. Quitte à utiliser ses classiques, autant bien le faire et c’est le cas ici avec modestie.

Life 4 Copyright 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

© 2017 Sony Pictures Releasing GmbH

Sans être un chef d’œuvre ou marquer d’une nouvelle pierre la science-fiction, Life – Origine inconnue demeure un film enthousiasmant qui sait s’exprimer aux fans du genre et qui applique bien ses références à défaut d’originalité. Et le côté gore et méchant, assumé jusqu’à la dernière scène, devrait en ravir plus d’un !

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard