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Les Gardiennes, portrait de femmes courageuses pendant la Grande Guerre

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Trois ans après sa comédie noire La Rançon de la gloire, Xavier Beauvois revient à un registre dramatique avec Les Gardiennes, traitant de la situation des femmes dans les campagnes alors que les hommes sont en train de se battre au front durant la Première Guerre mondiale. Voici notre analyse de ce film rétrospectif.

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© Guy Ferrandis / Pathé Distribution

 Première adaptation littéraire pour Xavier Beauvois

Avec Les Gardiennes, Xavier Beauvois signe sa première adaptation au cinéma. C’est la productrice Sylvie Pialat qui conseille au cinéaste de lire le roman éponyme d’Ernest Pérochon. Ce dernier était instituteur avant d’être réquisitionné durant la Première Guerre mondiale. De retour prématurément du front à cause d’une crise cardiaque, il commence à écrire, notamment un roman Nêne qui obtiendra le prix Goncourt. Du fait de sa situation pendant la guerre, il se passionne par la condition féminine durant la Grande Guerre. En observateur, il constate l’effort des femmes à faire tourner les affaires quotidiennes en l’absence des hommes. Il publie en 1924 Les Gardiennes dans la continuité de ses inspirations.

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© Guy Ferrandis / Pathé Distribution

L’immersion réaliste

Xavier Beauvois semblait le réalisateur parfait pour rendre hommage à ce récit. Le réalisateur se passionne depuis toujours dans sa filmographie pour les communautés. Dans Des hommes et des dieux, il s’inspire de la tragédie des moines Cisterciens de Tibhirine, assassinés par des terroristes islamistes, pour imaginer la vie quotidienne de ces hommes de foi dans les mois précédant le massacre. Dans Le Petit Lieutenant, le cinéaste intègre le réseau de la police avec un réalisme saisissant.

Dans Les Gardiennes, il garde ce savoir-faire puisque le film est une fiction extrêmement documentée sur la situation dans les campagnes au début du siècle. On retrouve dans l’œuvre ces gestes d’antan aujourd’hui perdus, comme la confection du beurre, la mise en charbon ou les techniques de moissonnage. Xavier Beauvois va même dans le détail en allant planter des champs de blé en utilisant les techniques du début du siècle.

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© Guy Ferrandis / Pathé Distribution

Les femmes fortes

Pour camper les rôles-titres, Xavier Beauvois devait choisir des actrices de caractère. Pour ce faire, il pense tout de suite à Nathalie Baye, qu’il connaît déjà pour l’avoir dirigée dans Le Petit Lieutenant et Selon Matthieu. La comédienne incarne une figure d’autorité, aux traits durs, mais qui est guidée par cet instinct maternel de protection coriace. Pour interpréter sa fille, le cinéaste a fait un choix évident en choisissant Laura Smet, également fille de Nathalie Baye dans la vraie vie. Les émotions n’en sont que plus réalistes, même si on sent entre les deux comédiennes une certaine distance en relation avec leur professionnalisme. Il y a comme cette volonté de ne pas être à l’écran comme dans la vie. Par exemple, les crises de nerf jouées par Laura Smet, réprimées par Nathalie Baye, sont la manifestation d’une relation filiale du passé qui n’a plus cours aujourd’hui.

A côté de ce duo de choc, il y a Iris Bry. L’actrice est portée par son réalisateur comme la révélation de son film. Ce dernier explique avec passion comment il l’a repérée en casting sauvage, alors que celle-ci ne se destinait pas à une carrière d’actrice. Elle adopte cette candeur débutante qui amène à se reposer sur elle pour suivre le fil conducteur de l’histoire.

En effet, Les Gardiennes relate le sujet passionnant d’un combat de femmes. L’immersion est totale mais le rythme de la narration souffre en étant trop monocorde. Xavier Beauvois filme le quotidien en privilégiant trop le réalisme aux rebondissements qui auraient apporté plus de dynamisme tout au long de ces 2h20. Témoin du passé, Xavier Beauvois fait donc avec Les Gardiennes du travail d’orfèvre. Il en oublie cependant l’histoire, qui aurait mérité d’être plus pêchue…

Par @Antoine_corte

antoine_corte