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Les Figures de l’ombre, entre classicisme et enthousiasme

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Les Figures de l’ombre raconte le sort des femmes employées à la NASA, et de la ségrégation qui reste importante aux États-Unis au début des années 60. La NASA a été un précurseur dans l’État de Virginie (qui pratiquait alors la séparation des blancs et des gens de couleur sur tous les aspects de la société, des transports publiques aux toilettes…) et a engagé toute une équipe de femmes afro-américaines pour réaliser des calculs très complexes avant même l’arrivée des superordinateurs. Ces femmes étaient physiciennes ou professeurs de mathématiques, elles ont joué un rôle capital dans la conquête spatiale, même si leur couleur de peau n’était jamais oubliée. Le film leur rend hommage.

Synopsis : Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire, longtemps restée méconnue, est enfin portée à l’écran.

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© Twentieth Century Fox France

En 2017, l’égalité homme-femme au sein des entreprises est toujours un large débat, même s’il faut avouer que les choses ont beaucoup bougé, notamment au niveau des salaires. Mais au début des années 60, il faut se rappeler que la science est un milieu extrêmement machiste et les femmes sont reléguées à des postes subalternes ou de secrétaires. Pourtant, on se souvient lors de la Seconde Guerre mondiale, la pénurie d’hommes partis combattre entraîna un recrutement des femmes dans l’industrie et dans des domaines où elles n’avaient jusqu’alors pas leur place, comme les sciences. C’est dans un contexte similaire aux États-Unis, alors qu’il y a une pénurie de mathématiciens et que les premières lois anti-discrimination raciale sont votées, que les agences fédérales telles que la NASA embauchent des femmes et des Afro-Américains. D’autant plus qu’on est en pleine guerre froide, les tensions avec la Russie sont palpables, et s’engage une course à la conquête spatiale pour envoyer le premier Américain dans l’espace (alors que Gagarine a déjà effectué un premier vol chez les Russes). Les héroïnes des Figures de l’ombre font donc partie du bureau afro-américain de Houston, et comme le montre le réalisateur, elles sont largement méprisées : elles travaillent dans des locaux isolés du reste de l’agence, mangent à part, ont leurs propres toilettes et bien sûr gagnent beaucoup moins que leurs collègues blanches. Le film s’inspire de l’ouvrage éponyme de l’écrivain Margot Lee Shetterly, dont le père travaillait à la NASA et qui s’est toujours étonnée que ces femmes soient invisibles alors qu’elles exerçaient un métier complexe avec des responsabilités mais qui les passionnait.

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© Twentieth Century Fox France

Le film suit en parallèle trois femmes noires, trois amies, et leur évolution au sein de l’agence. Katherine Johnson (Taraji P. Henson), une surdouée des maths, capable de résoudre rapidement des calculs complexes, va rejoindre l’équipe de Al Harrison (Kevin Costner), composée exclusivement d’hommes et qui travaillent à concevoir les orbites du vol spatial. Johnson est d’abord chargée de vérifier les calculs de ses collègues hommes. Mary Jackson (Janelle Monae) est à l’ingénierie pour créer les nouvelles fusées, mais étant noire, on lui refuse le titre d’ingénieur car les femmes noires n’ont pas le droit d’étudier pour, et elle va se battre pour ça. Enfin Dorothy Vaughn (Octavia Spencer) qui dirige l’unité afro-américaine sans en avoir le grade ou le salaire va faire en sorte d’obtenir la considération qu’elle mérite, en devenant indispensable dans la gestion du futur superordinateur de la NASA. Évidemment, le thème du racisme latent et « ordinaire » a été maintes fois traité avec en fond la ségrégation, mais il faut avouer que le contexte des Figures de l’ombre est assez inédit, et assez fort et universel pour mériter l’attention. Le spectateur suit avec intérêt cette histoire de conquête spatiale, déjà parce que les comédiennes sont formidables – on les suit également à côté dans leur vie privée compliquée en tant que mères et épouses très occupées par leur métier et voulant à juste titre la considération de leurs pairs. On constate avec quel dynamisme ces femmes fières et intelligentes affrontent les obstacles non sans humour – le film n’est pas lourd ni dramatique au demeurant, on rigole aussi devant certaines situations, alternant drôlerie et gravité – qui mettent aussi en évidence les aberrations de l’époque et le changement progressif des mentalités.

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© Twentieth Century Fox France

Les Figures de l’ombre reste cependant très classique dans sa forme, sortant rarement du cadre des bons sentiments et de la morale un peu putassière des Américains, et reste relativement inoffensif, notamment via les scènes du quotidien qui sont beaucoup moins intéressantes que de voir ces femmes dans leur environnement professionnel. Pourtant, il est un point évident : ces femmes sont des héroïnes modestes. Le film de Theodore Melfi est un vrai hommage à l’intelligence et à la persévérance de ces personnages forts. Et puis la partie jouissive – surtout si on est passionné d’aérospatial – est de voir le côté secret de la NASA, de voir des gens travailler sur un programme spatial historique et comment tout ceci a vu le jour.

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© Twentieth Century Fox France

Portrait d’une Amérique en pleine mutation dont la société s’ouvre, dont les progrès scientifiques sont en pleine accélération, Les Figures de l’ombre convainc avec enthousiasme et se suit sans déplaisir.

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard

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