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Le Festival de Cannes en quête de renouveau

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Affiche Cannes

© Bronx (Paris). Photo : Claudia Cardinale © Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images

Le 70ème Festival de Cannes, présidé par le réalisateur Pedro Almodóvar, a rendu son palmarès en attribuant la Palme d’or à The Square de Ruben Östlund. Le prix défie une nouvelle fois tous les pronostics qui pariaient davantage sur le film de Robin Campillo 120 battements par minute. Retour sur une édition cannoise anniversaire légèrement en deçà des attentes.

Une édition qui a déjoué les idées reçues

 The square photo

© Bac Films

Thierry Frémaux promettait une édition exceptionnelle lors de la conférence de presse de l’annonce de la compétition officielle en avril dernier. Il faut dire que le programme avait de quoi combler les cinéphiles avec la présence des grands habitués de Cannes : Michael Haneke, Roman Polanski, Yórgos Lánthimos ou encore Arnaud Desplechin. On ne pouvait être déçu.

Au final, le Festival a réservé beaucoup de surprises, redessinant toutes les idées préconçues qu’on pouvait avoir avant le début de l’événement, à commencer par la faiblesse des propositions des réalisateurs iconiques. Notamment, on ne se remet toujours pas du Happy End de Michael Haneke. Le double palmé s’est embourbé dans un film hommage compilant de manière fouillis les thématiques de ses précédentes œuvres. De même, Roman Polanski est passé à côté de son thriller psychologique avec D’après une histoire vraie en formant le duo Emmanuelle Seignier/Eva Green qui ne prend pas…

La polémique Netflix au cœur du Festival

 Okja Photo film

© Netflix

Comme l’indiquait Monica Bellucci lors de la Cérémonie de clôture, Cannes ne serait pas Cannes sans ses polémiques. La principale de cette année portait sur la présence de films Netflix en compétition, avec Okja de Bong Joon-Ho et The Meyerowitz stories de Noah Baumbach. Pedro Almodóvar attisait le feu en conférence de presse d’ouverture en déclarant qu’il ne pourrait pas donner la palme à une œuvre qui ne sortirait pas en salles, propos sur lesquels il est revenu au cours du Festival. Il faut dire que la qualité artistique d’Okja était bel et bien au rendez-vous. Cette œuvre écologique, avec une Tilda Swinton déjantée, a ému par son altruisme sous couvert de plans de nature superbes ! Son absence au palmarès est contestable. Moins de regret pour The Meyerowitz stories qui n’avait pas sa place en compétition tellement cette fresque familiale ressemble à un film mineur dans la même veine que Mon beau père et moi

Diane Kruger et Joaquin Phoenix récompensés

Côté interprétation féminine, le prix à Diane Kruger était une évidence tant sa prestation est passionnée dans In the Fade de l’Allemand Fatih Akin. Le choix du jury aurait également pu se porter sur un choix collectif pour le casting du film Les Proies de Sofia Coppola dans lequel Elle Fanning, Kirsten Dunst et Nicole Kidman campent des femmes regroupées dans un orphelinat pendant la guerre civile américaine. Cette dernière comédienne repart néanmoins avec le prix exceptionnel du 70ème anniversaire pour sa présence continue à Cannes avec cinq œuvres sur cette édition.

Diane Kruger In the Fade

© Pathé Distribution

Le meilleur acteur était beaucoup plus concouru. On aurait bien vu le couronnement de Louis Garrel dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius qui réussit parfaitement à incarner l’impertinent Jean-Luc Godard en plein mai 68. La prestation de Robert Pattinson a également été saluée par l’ensemble de la critique dans Good Time des frères Safdie dans un film de braquage dans lequel l’acteur explore les travers de la violence. C’est finalement la prestation plus consensuelle de Joaquin Phoenix qui émeut le jury du Festival pour sa prestation d’un ancien marine tentant de sauver une fille d’un réseau de prostitution dans You Were Never Really Here de Lynne Ramsay. Le film partage le prix du scénario avec Mise à mort du cerf sacré de Yórgos Lánthimos. Après The Lobster, le réalisateur continue son introspection dans la psychologie humaine en livrant une œuvre à la Kubrick dans lequel on se perd un peu…

Campillo bouleverse la croisette avec 120 battements par minute

120 Battements par minute

© Céline Nieszawer

Le vrai bouleversement cannois est incontestablement pour le film 120 battements par minute de Robin Campillo sur les années SIDA et les actions de l’association Act’Up. Sur fond de lutte et de prévention, le cinéaste va suivre plus particulièrement la lente descente aux enfers d’un malade, interprété par le bouleversant acteur argentin Nahuel Pérez Biscayart. Le film obtient le Grand Prix du Jury devant un Pedro Almodóvar en larmes qui confiera en conférence de presse finale avoir voulu lui donner la Palme.

C’est donc une palme de consensus qui a été donnée à The Square, saluant l’audace d’un cinéaste qui n’a de cesse de jouer avec les contradictions humaines. Le film est long et imparfait. Il véhicule néanmoins des valeurs fortes dans la même veine que sa précédente œuvre Snow Therapy.

On espère que les éditions suivantes du Festival, qu’on a dit en pleine jeunesse, miseront sur plus d’audace. La clé du renouveau serait peut-être de prendre le risque de faire rentrer en compétition de nouvelles têtes pour insuffler un vent de fraicheur. A réfléchir et à l’année prochaine…

Par @Antoine_Corte

antoine_corte