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La Promesse, romance sur fond de génocide arménien

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La Promesse de Terry George aurait pu être aux Arméniens ce que La Liste de Schindler était aux juifs allemands, un grand drame historique évocateur et puissant. Malheureusement, il ne livre qu’un coup d’œil aux événements historiques, préférant la grande romance au film de guerre engagé, très calibré et répondant à un cahier des charges un peu trop facile, mécanique sans assez de chaleur. Pourtant, si vous mettez de côté le parti-pris du réalisateur, le film demeure plutôt émouvant dans sa seconde partie. Les acteurs sont inspirés, la mise en scène est léchée, souvent en pleine nature avec des couleurs chaudes, et une bande originale soutenant le tout. La déception est quand même bel et bien là…

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© Capelight Pictures

Synopsis : 1914. La Grande Guerre menace d’éclater tandis que s’effondre le puissant Empire Ottoman. À Constantinople, Michael, jeune étudiant en médecine arménien et Chris, reporter photographe américain, se disputent les faveurs de la belle Ana. Tandis que l’Empire s’en prend violemment aux minorités ethniques sur son territoire, ils doivent unir leurs forces pour tenir une seule promesse : survivre et témoigner.

Le film a suscité une controverse aux États-Unis, où de nombreux gens laissaient des commentaires négatifs sur le célèbre site IMDb (l’équivalent US d’Allociné), et ce bien avant la sortie américaine. En tous cas, c’est ce que prétendait le réalisateur Terry George (à qui l’on doit Hôtel Rwanda), peut-être pour créer un certain buzz autour du sujet « chaud » que présentait son film, preuve que le génocide arménien est encore un sujet de tensions chez certains. Difficile de dire donc si ces notes avaient un écho politique ou simplement si le film était jugé mauvais… Sans l’être vraiment, on ne peut pas dire que La Promesse soit une franche réussite tant le génocide arménien paraît être traité de manière très « lisse » (pour autant qu’on puisse dire ça d’un génocide…) et surtout au second plan, avec l’intégralité du casting parlant anglais et s’imposant des accents roulants. La Promesse est surtout un triangle amoureux, plus fleur bleue que réellement historique.

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Terry George n’est pas un mauvais bougre, loin de là. Pourtant, en s’attaquant à un fait historique sordide tel qu’un génocide, il ne faut pas faire de concession ni pécher par simplification. Rappelons que le massacre de plus d’un million de paisibles Arméniens pendant la Seconde Guerre mondiale par l’Empire Ottoman est encore contesté de nos jours, la Turquie n’ayant jamais admis ce massacre. Les auteurs du film paraissent étouffés sous le poids qui leur incombe de rendre hommage aux victimes, ce qui malencontreusement étouffe aussi toute volonté d’originalité filmique. Les acteurs paraissent aussi souffrir du poids de l’histoire, et bien qu’inspirés par moment, les personnages semblent sans éclat.

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Tout cet obscurantisme qui est le sujet latent de l’histoire est malheureusement perdu de vue – on le comprend bien vite – face à l’affection de deux hommes pour Ana (jouée par Charlotte Le Bon). D’un côté, Mikael (Oscar Isaac) venu à Constantinople avec l’argent de sa dot pour étudier la médecine ; de l’autre, Chris (Christian Bale), le compagnon légitime et reporter de guerre. Alors que Mikael a promis d’épouser Maral, une jeune fille de son village, il va se retrouver perdu entre sa promesse (dont le film doit son nom) et l’amour grandissant qui le rapproche chaque jour de la belle Ana, alors que la guerre est sur le point de tout bousculer. Mikael n’est pas spécialement sympathique, et Chris est d’un premier degré permanent (ce n’est certes pas une comédie mais le personnage est assez lourd à jouer), si bien que lorsque les tueries vont commencer, le spectateur ne va pas ressentir l’empathie qu’il devrait pour les personnages, alors que leur vie est menacée. Et tandis que Mikael va endurer les horreurs d’un camp de travail ottoman, et que Chris et Ana vont activement sauver des orphelins, leur réalisateur Terry George – habitué pourtant aux génocides après Hôtel Rwanda, beaucoup plus habile – semble inconscient des manques de son histoire. On ressent qu’il veut donner à son film un grand souffle romanesque et romantique à la Docteur Jivago et d’autres nombreuses épopées en référence… Il n’atteint malheureusement jamais la puissance de ses ainés dans la représentation de l’amour absolu ou dans l’horreur qu’il montre.

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Le film a coûté 100 millions de dollars, ce qui se ressent dans la production qui bénéficie d’un vrai travail sur les décors, les costumes, les lieux et dans la démesure du nombre de figurants. Pourtant on a souvent l’impression de voir des acteurs jouer en costume au lieu des personnages qu’ils incarnent, un peu vides. La dernière partie du film est sûrement la plus intéressante au niveau de l’écriture et du jeu, l’horreur étant à son paroxysme, les personnages ressemblant moins à des pantins… On aurait vivement aimé qu’il en soit ainsi sur toute la durée de l’histoire.

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard