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Inégalité de salaires à Hollywood : vent de féminisme ou triste réalité ?

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Inégalités salaires à Hollywood

© Daniel Sinoca

Cérémonie des Oscars 2015, Patricia Arquette reçoit la statuette du meilleur second rôle féminin pour Boyhood. Après avoir remercié toute l’équipe du film, l’actrice se lance dans un plaidoyer contre l’inégalité salariale entre hommes et femmes à Hollywood : « À toutes les femmes qui ont porté un enfant, à tous les contribuables et à tous les citoyens de ce pays, nous nous battons pour l’égalité des droits. Il est temps, pour nous les femmes, d’obtenir l’égalité salariale et l’égalité des droits aux Etats-Unis ». Acclamée par la salle, en particulier par Meryl Streep présente dans le public, la lauréate lance la polémique de l’année. Plan de communication ou réel combat ? On a enquêté sur l’ampleur du phénomène.

 

Inégalités salaires à Hollywood

© Vincent Luigi Molino

Quelques chiffres…

 D’après le magazine Forbes, l’acteur américain le mieux payé entre juin 2014 et juin 2015 est Robert Downey Junior avec 80 millions de dollars engrangés grâce notamment à son cachet dans Avengers : l’ère d’Ultron. Son homologue féminin, pour la même période, est Jennifer Lawrence qui n’a gagné « que » 52 millions de dollars.

Loin de plaindre l’héroïne de la saga Hunger Games, cette disparité commence à mettre la puce à l’oreille. En effet, sur les dernières années, aucune femme n’a réussi à culminer en haut du classement des acteurs les mieux payés tout sexe confondu. Pire, en 2013, l’écart était exponentiel entre le classement masculin, culminant à 70 millions de dollars toujours obtenus par Robert Downey Junior, et féminin, tout juste à 33 millions pour Angelina Jolie.

Les révélations du Sony Gate

A ce stade, on pourrait encore presque penser à un ballon de baudruche complotiste fomenté par les femmes. C’est sans compter sur les révélations de mails suite à la fameuse affaire Sony Gate, où la firme américaine s’est vue pirater ses serveurs et dévoiler tous ses secrets sur internet. Dans ces correspondances, on y apprend notamment que les agents des deux actrices phares du film American Bluff, Jennifer Lawrence et Amy Adams, ont bataillé férocement, en vain, pour être payées autant que leurs partenaires masculins, Christian Bale, Jeremy Renner et Bradley Cooper.

Inégalités salaires à Hollywood

© Metropolitan FilmExport

Pire, les dossiers piratés de Sony révèlent que cette disparité de salaire allait à l’époque bien au-delà du cercle artistique. Sur une liste de 6.000 salariés du studio, le salaire de 17 d’entre eux dépassait le million de dollars annuel. Une seule femme seulement se trouvait dans cette liste. De même, les deux co-présidents de production chez Sony, Michael de Luca et Hannah Minghella, avaient une disparité de salaire de près d’1 million de dollars annuel, à poste identique, en faveur du premier.

Des raisons physiques

Pourquoi une telle différence de salaires entre les deux sexes ? Les raisons sont édifiantes. D’une part, dans un pays où le culte du corps est de mise, une analyse parue dans The Journal of Management Inquiry révèle que « le visage d’un homme âgé est censé véhiculer une certaine idée de maturité et de caractère, tandis que le visage d’une femme est plus apprécié lorsqu’il est jeune ». Aussi, on comprend l’acharnement de certaines actrices pour tenter de masquer le poids des années à coups de botox ou de chirurgie esthétique. Nicole Kidman, Demi Moore, Sharon Stone en font les frais avec plus ou moins de réussite. Si l’actrice ne joue pas le jeu, elle est carrément évincée. C’est ce qui est arrivé à l’actrice Maggie Gyllenhaal, 37 ans, récemment remerciée pour jouer la maitresse d’un homme de 55 ans car jugée trop vieille.

Inégalités salaires à Hollywood

© Twentieth Century Fox

D’autre part, cette disparité tient au fait que les rôles féminins d’importance restent en sous-nombre par rapport aux héros virils masculins. En 2014, seul 12% des rôles principaux étaient attribués à des femmes. A Hollywood, on garde les stigmates à la James Bond où les femmes ne sont que de passage et servent à distraire le héros. Pour palier ce manque, des initiatives se créent comme celle de l’actrice Reese Witherspoon qui a décidé de créer une maison de production pour sortir des films avec des rôles de femmes fortes. Elle a ainsi déjà contribué au financement de Wild et Gone Girl.

Est-ce que cela peut changer ?

Il semble que la polémique commence à porter ses fruits, du moins épisodiquement. En effet, pour son prochain film The Passengers, Jennifer Lawrence (toujours elle !) a réussi à négocier d’être davantage payée que son homologue masculin, Chris Pratt, pourtant tout juste sorti de son rôle très bankable dans Jurassic World. L’actrice touchera 20 millions de dollars plus 30% des recettes du film, alors que le comédien ne recevra que 12 millions de dollars.

Pareil pour Charlize Theron, figure emblématique du dernier Mad Max : Fury road, qui a exigé de gagner autant que ses partenaires masculins pour Blanche Neige et le chasseur 2.

Un problème uniquement américain ?

En France, le problème semble le même. Une étude du CNC révèle notamment qu’une réalisatrice gagne en moyenne 30% de moins qu’un réalisateur. Ce taux est identique pour le métier de comédien. Si quelques actrices ont commencé à faire du remous, comme Karin Viard en 2014, le débat qui occupe l’hexagone est pour le moment centré sur le plafonnement des salaires d’acteurs dans les films, critiquant les montants mirobolants que peuvent obtenir certains comédiens en temps de crise. Est-ce que l’inégalité salariale est le prochain débat en France ? Le temps nous le dira…

Par @antoine_corte

antoine_corte