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Ave, César !, un film sympathiquement ennuyeux

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Si on peut reconnaître une chose à Ethan et Joel Coen, c’est leur indépendance et leur originalité, même si on est désormais coutumiers de leur humour noir, de leurs acteurs fétiches et de leur amour des losers. Avec comme seul cap de faire des films qui leur plaisent, ils sautent d’un style à l’autre, et on ne sait jamais où ils atterriront, au risque de perdre le public en route. Ce qui est le cas avec Ave, César !.

Synopsis : Los Angeles, 1954. Hollywood vit les dernières années de son âge d’or. Lors d’un tournage, la célébrité de péplum Baird Whitlock est enlevée. Eddie Mannix, producteur pour Capitol films, a pour spécialité de camoufler au grand public les extravagances des stars du studio pour protéger leur image publique. Devant retrouver Whitlock, entre autres choses, il va passer une semaine particulièrement remplie.

Hollywood je t’aime

Bien loin d’un Inside Llewyn Davis ou d’un Fargo, Ave, César ! est ouvertement léger et absurde. Il s’agit en fait du troisième volet de leur « trilogie du crétin » (O’Brother en 2000 et Intolérable cruauté en 2003), pour lequel ils se régalent à écrire des rôles de gentil demeuré à George Clooney (qui les joue très bien). S’attachant à raconter une version hautement romancée de la vie du vrai Eddie Mannix, ce film est leur déclaration d’amour, acide et moqueuse mais tendre, à l’âge d’or d’Hollywood, si glamour en apparence mais tourmentée en réalité. Les Coen prennent ici un malin plaisir à se moquer des petits drames pathétiques et ridicules de cette micro société superficielle qu’est Hollywood, tout en laissant transparaître leur amour pour ce petit monde.

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© Universal Pictures

Ô Coen, where are you going ?

Alors, sur le papier, ça paraît génial. Et parfois c’est même très drôle. Du pur Coen. Le problème, c’est la cohérence du tout. On a beau sentir tout leur amour pour le Hollywood des fifties, se régaler des clins d’œil à Gene Kelly ou Roy Rogers, se délecter de la satire des péplums, il manque à Ave, César ! un vrai fil conducteur pour en faire autre chose qu’un hommage. Alors que le film démarre sans tarder sur l’enlèvement de la star et la demande de rançon (comme dans Fargo et The big Lebowsky), on s’attend à voir le plan capoter et les ennuis rocambolesques s’accumuler… Mais là, rien. Les Coen zappent sur autre chose, et passent directement au film à sketchs, du plateau A au plateau B, de la starlette enceinte à l’acteur raté, sans vrai lien, si ce n’est cette visite guidée de 1h40 qui en semble 2h30. Ce film ravira donc : les habitants de Los Angeles, les professionnels de la profession, et les historiens du cinéma. Les autres, entre deux sourires, vont s’ennuyer sévère.

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© Universal Pictures

Dream team

Tout ça est bien dommage parce que les Coen étant qui ils sont, tout le monde se bouscule pour jouer dans leurs films, et donc le casting est impressionnant. Josh Brolin est parfait, tout ronchon qu’il est, Channing Tatum continue de jouer avec son image de manière intelligente (et est très doué en claquettes), et George Clooney , on l’a déjà dit, maîtrise comme personne le regard de demeuré dépassé par les événements. Mais nom de Zeus, pourquoi donc avoir Jonah Hill très drôle, Scarlett Johansson peste à souhait, ou Tilda Swinton agaçante comme il faut, et ne les utiliser que 5 minutes maximum chacun à l’écran ? On ne vous parle même pas du pêché d’avoir pour la première fois depuis Highlander Christophe Lambert et Clancy Brown réunis, et de ne rien en faire ! Les Coen font avec leurs personnages ce qu’ils font avec leur mise en scène. Ils butinent, se promènent et du coup les survolent tous sans vraiment les exploiter.

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© Universal Pictures

Devant Ave, César !, on sourit souvent, on rit parfois, mais on s’ennuie surtout. Parce que le film semble vouloir tout survoler et finit par ne rien raconter en particulier. Quand c’est drôle, c’est drôle comme du Coen, et c’est un bel hommage plein d’amour pour le Hollywood des années 50. Sympathiquement ennuyeux, dirons-nous.

Par @Chroniquescanap

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