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Au bout des doigts : enregistrement de la musique

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7h, le 10 février 2018. Direction Bruxelles sur le lieu de l’enregistrement de la musique du film  Au bout des doigts de Ludovic Bernard (L’Ascension). Souvenez-vous, @AnaBerno vous parlait déjà de ce film sur WE LOVE CINEMA après la visite du tournage en novembre dernier !

Avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson et Kristin Scott Thomas au casting, l’œuvre raconte les péripéties d’un jeune délinquant, passionné par la musique, qui croise le chemin du directeur du Conservatoire National de Musique. Ce dernier voit en lui un potentiel pour devenir un grand pianiste et le prend sous son aile. Le synopsis donne d’emblée l’importance de la musique dans Au bout des doigts. De ce fait, la session d’enregistrement à laquelle nous assistons est prédominante pour la réussite du film.

201803 - ABDD Tournage Belgique 2

© Ludovic Bernard

Enregistrement sur du Sergueï Rachmaninov

10h. Arrivés aux studios Dada de Schaerbeek et accueillis par le superviseur musical, Pierre-Marie Dru, en charge de toutes les problématiques liées à la musique sur le long-métrage, on prend directement place dans la « control room ». Cette salle constitue la régie dans laquelle sont présents notamment Ludovic Bernard et l’ingénieur du son, David Menke, accompagnés de 2 assistants. Juste à côté, la grande salle d’enregistrement, dont nous sommes séparés par une grande baie vitrée, accueille aujourd’hui 39 musiciens composant l’orchestre symphonique Brussels Film Orchestra, dirigé par Harry Allouche, le compositeur d’Au Bout des doigts.

Ce matin est la première journée dédiée à l’enregistrement de la musique du film. Le moment est intense car la production a choisi de commencer par la sonorisation de l’une des scènes finales. Pour ce faire, Harry Allouche a réorchestré le morceau classique « piano concerto no. 2 » de Sergueï Rachmaninov. Au centre de cette mélodie, on retrouve bien évidemment le piano. Pour capter au mieux les notes de l’instrument à cordes, celui-ci est isolé dans une petite pièce au fond du studio d’enregistrement. Seule avec son retour vidéo, la pianiste, Jennifer Fichet, est cependant en communication constante avec le compositeur et l’ingénieur son. Elle est en quelque sorte la troisième chef d’orchestre de cette composition. Par micro, la musicienne reçoit également des précieux conseils de Ludovic Bernard qui lui explique notamment le sentiment du personnage principal lorsqu’il joue le morceau à l’image. De notre pièce de contrôle, on se rend compte que l’enregistrement est délicat : il faut tout d’abord synchroniser le piano avec le reste de l’orchestre. De plus, il faut veiller à ce que la musique colle parfaitement aux images du film dont nous avons le retour en cabine. L’instant est essentiel : « 1 an et demi de travail en 3 notes », comme l’explique le réalisateur. Toujours avec beaucoup d’encouragements envers toute l’équipe, l’ingénieur du son propose en première intention de découper le morceau et d’enregistrer bout par bout.

La matinée passe beaucoup trop vite aux rythmes des multiples répétitions et des brides d’enregistrements qui composeront dans leur totalité le morceau final. Cependant, une fois que l’ensemble des passages est enregistré, une urgence se fait sentir. Nous sommes à quelques minutes de la pause déjeuner (qui doit être prise à la seconde près dans le milieu du cinéma). L’orchestre en formation symphonique n’est là que pour la matinée. Les membres de la régie souhaitent pourtant tenter un enregistrement intégral du morceau en une prise. Les musiciens sont rôdés et on espère tous que la dynamique de la matinée en fasse la prise parfaite… Ludovic Bernard s’adresse alors à la pianiste : « Donne toute l’émotion que tu as ! ». Pratiquement en apnée, on regarde tous fixement l’écran en espérant l’alchimie totale entre images et sons. Ces quelques minutes du film déroulées en continue sont d’une grande intensité. Le public va être en larmes en découvrant la scène ! La prise est bonne. Il faudra néanmoins vérifier cela au moment du montage pour s’assurer que rien ne pêche. Au pire, les enregistrements de la matinée seront ressortis pour venir en soutien de cette base intégrale.

201803 - ABDD Tournage Belgique 1

© Ludovic Bernard

Confidences de déjeuner

13h. Durant une pause bien méritée pour les artistes (pas pour moi), on en apprend davantage sur Harry Allouche en parlant avec l’équipe. Ce jeune compositeur, sorti du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, a un univers à 180 degrés. Très amateur de rock, il est également érudit de musique classique. Pour Au bout des doigts, le compositeur est arrivé sur le projet en amont du tournage pour conseiller Kristin Scott Thomas et Jules Benchetrit. Il est également la doublure main de ce dernier. Harry Allouche propose une bande originale à la fois empreinte de sonorités modernes mais également avec des réorchestrations de grands classiques, comme celle découverte ce matin. A en croire certaines confidences, il est à attendre quelques notes jazzy et soul dans la musique du film… Autour de sandwichs préparés par la production, l’équipe est soulagée d’avoir enregistré ce matin la partie « la plus ardue » de cette bande originale.

« Ce début du film doit être incisif »

14h. Les sessions de l’après-midi reprennent par l’enregistrement du score (c’est-à-dire la musique originale composée expressément pour le film par Harry Allouche) avec un orchestre en formation restreinte de 22 musiciens. On commence par l’enregistrement de la scène d’ouverture du film. Le réalisateur insiste : « Ce début du film doit être incisif. Il doit s’en ressentir dans le son ». L’équipe choisit de faire des enregistrements par instrument. Il ne manquera plus qu’à rajouter au montage le piano, instrument absent cet après-midi et dont la captation se fera à Paris dans quelques jours… Le rythme de l’enregistrement s’accélère. Le compositeur a également pris de l’assurance avec un orchestre qu’il connaît désormais mieux. Sur l’écran de la régie, on découvre plusieurs scènes clés du film, toujours en ayant l’oreille et le regard qui trainent du côté des musiciens.

On quitte l’équipe justement au moment de l’enregistrement de la scène finale. On serait bien resté jusqu’au bout de cette aventure musicale avec une équipe chaleureuse qui nous a accueilli avec beaucoup de bienveillance. Elle est en quelque sorte à l’image du film qu’elle est en train de produire à coups d’émotions et de passions. Rendez-vous en salles en octobre pour la suite de l’aventure !

Par @Antoine_corte

antoine_corte