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Angelina Jolie – De l’actrice à la réalisatrice

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Elle est l’icône d’Hollywood par excellence. Angelina Jolie occupe depuis quelques années la scène médiatique. Ambassadrice auprès des Nations Unies notamment pour son engagement envers les réfugiés, porte-parole dans la lutte contre le cancer du sein et épouse de l’acteur Brad Pitt avec lequel elle élève six enfants, dont quatre issus de l’adoption, la star met depuis toujours sa notoriété au service des autres.

Aussi, on oublie parfois ses qualités artistiques. Débutant en 1993 dans un petit film américain Glass Shadow de Michael Schroeder, sa carrière d’actrice s’envole rapidement. Cependant, au firmament de sa réussite, la comédienne se lance un nouveau défi en s’attaquant en 2012 à la réalisation. Elle revient en ce début 2015 avec son deuxième grand film Invicible. WE LOVE CINEMA revient sur un parcours cinéma d’exception.

© Universal Pictures

Une ascension fulgurante

De manière assez singulière, le début de carrière d’Angelina Jolie est lancé grâce à l’attribution de prix prestigieux qui vont lui ouvrir les portes du milieu cinématographiques. Après quelques premiers films anecdotiques, l’actrice est découverte par le public en 1997 grâce au téléfilm George Wallace, réalisé par John Frankenheimer. Celui-ci remporte le Golden Globe du meilleur téléfilm, couronnant également Angelina Jolie en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Elle y interprète la seconde femme de l’ancien Gouverneur ségrégationniste Wallace, victime d’une agression durant la campagne présidentielle de 1972. La comédienne y est touchante et juste. Elle incarne déjà cette femme d’exception qui, malgré cette palpable fragilité, se montre paradoxalement forte face aux évènements tragiques qui touchent son mari.

© Universal Pictures

Toujours dans cette même veine, l’actrice remporte l’année suivante ce même Golden Globe pour son rôle de Gia dans le téléfilm Anatomie d’un top model de Michael Cristofer. Avant-gardiste et dénonciatrice, l’œuvre, qui suit les déboires d’une jeune femme pleine d’ambition tombant dans la drogue et les excès, choque. Bien avant Jennifer Connelly dans Requiem for a dream de Darren Aronofsky, Angelina Jolie réussit avec cette interprétation un tour de force. Elle passe en deux heures de temps d’un atout charme à une femme complétement détruite.

Enfin, la consécration touche déjà Angelina Jolie en 2000. En effet, elle reçoit à cette période l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son apparition dans Une vie volée  de James Mangold. Le film traite du séjour d’une jeune femme dans un institut psychiatrique. L’œuvre est l’occasion pour le spectateur de prendre connaissance du tempérament bien trempé de la comédienne qui laisse éclater tout son côté réactionnaire et transgressif. Angelina Jolie s’affirme et refuse le dictat américain de la femme fragile, lui ouvrant ainsi les portes des premiers rôles.

Une actrice déshumanisée en haut de l’affiche

La marche du succès médiatique arrive lorsqu’elle accepte de prendre les traits de l’illustre Lara Croft, (personnage phrase de jeux vidéos) dans Lara Croft : Tomb Raider puis Lara Croft : Le berceau de la liberté. Angelina Jolie devient malgré elle le résultat d’un fantasme pour le spectateur. S’en suit inévitablement, l’engouement malsain des producteurs qui vont lui proposer des rôles à forts potentiels d’exposition mais sans réel fond dramatique. Elle enchaîne alors des grosses productions comme Destins violés de D. J. Caruso, le péplum Alexandre d’Oliver Stone ou encore Mr and Mrs Smith de Doug Liman, qui a au moins l’intérêt de provoquer la rencontre avec son futur mari, Brad Pitt.

Angelina Jolie semble alors entrainée dans une spirale vers le succès qui l’éloigne de choix artistiques ambitieux.

© Universal Pictures

C’est en 2007 que l’actrice rebondit avec le rôle de Marianne Pearl dans le très émouvant Un cœur invaincu de Michael Winterbottom. L’histoire vraie raconte le combat de l’épouse de David Pearl pour sauver son mari, otage puis victime des talibans. Angelina Jolie apporte à ce film une profondeur tirée d’une révolte et d’une indignation face au contexte politique post-11 septembre.

Puis, L’échange de Clint Eastwood va continuer dans cette lignée émotionnelle permettant à l’actrice de se mettre en état d’impuissance maternelle face à la corruption politique. Plus récemment, Angelina Jolie s’illustre à nouveau dans un rôle de femme forte dans l’incarnation de Maléfique, méchante fée de La Belle au Bois dormant. Ce personnage lui donne équilibre entre succès public et reconnaissance critique.

Néanmoins, depuis 2012, le nouveau défi de la star est la réalisation. Elle délaisse ainsi son statut de comédienne et s’oriente dans des films engagés.

La réalisation : un retour aux valeurs fondamentales

Si sa première fiction Au Pays du Sang et du Miel n’est pas convaincante, souffrant d’un traitement artistique confus et de quelques problèmes de rythme, Angelina Jolie se sert néanmoins de sa caméra comme un outil de dénonciation. Son discours est déchirant puisqu’elle suit dans ce film les péripéties d’un Serbe, chef de camps de concentration, et de sa prisonnière bosniaque qui partageaient ensemble une histoire d’amour avant le début du conflit de Sarajevo.

© Universal Pictures

La réalisatrice retrouve aujourd’hui cette caméra engagée avec Invincible qui raconte l’histoire vraie d’un coureur olympique, Louis Zamperini, qui utilise son mental de champion pour résister aux atrocités de la seconde guerre mondiale. Eloquente sur le fond, l’histoire est tant un témoignage d’un parcours d’exception qu’un message universel prônant le dépassement de soi.  Utilisant constamment des codes couleurs et une ambiance austère, Angelina Jolie sait transmettre des émotions. Pourtant, elle se perd encore une fois dans des considérations inutiles conservant ce problème de rythme. L’ensemble serait lourd si l’interprétation charismatique de Jack O’Connell, dans le rôle titre, ne venait pas retenir l’attention. Le poids de la souffrance transcende l’acteur.

Une très bonne réalisatrice en devenir ; une comédienne épanouie dans des rôles de femmes fortes ; la carrière d’Angelina Jolie est gorgée de bonnes initiatives. En cela, elle prend les tournures du parcours de son mentor masculin, Clint Eastwood. Il reste néanmoins des défis à relever pour atteindre le maître tels que recentrer sa caméra sur une dramaturgie efficace ou encore, être plus audacieuse dans le choix de ses futurs rôles. Mais, on y croit !

@Antoine_Corte