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A voix haute – La force de la parole, un documentaire passionné

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A quelques semaines des élections présidentielles, les producteurs My Box Productions ont décidé de sortir en salles le documentaire À voix haute – La force de la parole qu’ils avaient tourné pour France 2. Plan de bataille mûrement réfléchi, l’ambition affirmée est de mettre en lumière le talent des jeunes du 93.

À voix haute suit la préparation et les sélections de jeunes universitaires pour Eloquentia, concours qui désigne le meilleur orateur du 93. Grâce aux intervenants professionnels, les étudiants inscrits appréhendent la prise de parole en public. Au fil des semaines, on voit naître chez chacun des participants un talent d’argumentation.

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© Ingrid Chabert – Johan Kmiecik – My Box Productions 2017

En cela, l’exemple de Leïla Alaouf est significatif. D’une timidité extrême au début du stage, qui n’osait même pas prendre la parole devant un auditoire, cette jeune Syrienne se transforme au fil des exercices oratoires en une militante défendant avec brio le féminisme en milieu musulman. D’une écriture assurée qui se lit avec passion, elle va apprendre à poser sa voix sur ses textes percutants. Les mots vont devenir autant d’armes pour prendre part au combat qu’elle mène.

« La parole est bien plus forte que des gestes. »

Et c’est bien tout le sujet de À voix haute qui vise à faire comprendre que la parole est bien plus forte que des gestes. Elhadj Touré en apporte une belle illustration. Cet étudiant en sociologie, d’origine égyptienne et guinéenne, a vécu dans la rue suite à son expulsion avec sa famille d’un logement HLM. Ce concours Eloquentia est une revanche sur son passé, lui qui regrette de ne pas avoir trouvé à l’époque les mots face aux agents de l’Etat français qui venaient lui retirer son toit.

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© Ingrid Chabert – Johan Kmiecik – My Box Productions 2017

On est embarqué dans À voix haute comme dans une histoire avec tensions et suspens. Cette énergie est due notamment à un montage particulièrement soigné, effectué par Jessica Menéndez et Pierre Herbourg. Le film suit ainsi une vraie ligne narrative, alternant entre ateliers, portraits des participants et phases de sélection du concours jusqu’à la finale, point d’orgue du récit. La volonté des réalisateurs, Stéphane De Freitas et Ladj Ly, est de donner de l’importance autant aux protagonistes qu’à l’aventure qu’ils vivent.

On gardera notamment un attachement très fort pour le brillant Eddy Moniot, obligé de faire 6h de route à pied chaque jour pour aller à l’université. Ce courageux bonhomme est porté par l’envie de devenir comédien. Sa rencontre avec Edouard Baer, dans le jury du concours Eloquentia, va être déterminante.

« Une banlieue pugnace pleine de rêves. »

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© Ingrid Chabert – Johan Kmiecik – My Box Productions 2017

La personnalité des intervenants est également marquante. Elle offre de séquences drôles. Par exemple, Bertrand Périer, formateur avocat, ne mâche jamais ses mots face à ses élèves. On le voit notamment crier d’une voix claire « C’est de la merde ! » contre l’un des étudiants pendant un exercice. Tout cela bien sûr pour les encourager à se dépasser. De même, les exercices proposés par la professeure d’expression scénique sont parfois cocasses lorsqu’il s’agit notamment de se disputer en se lançant des noms de fruits à la figure…

D’une certaine façon, ce documentaire fait énormément penser au film Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar qui suivait l’histoire vraie d’une institutrice inscrivant sa classe de seconde difficile à un concours pour la commémoration de la Shoah. Ces films sont des œuvres militantes qui démontrent qu’il existe en banlieue une jeunesse pugnace pleine de rêves, prête à tout donner pour avoir un avenir professionnel.

Par @Antoine_Corte

antoine_corte