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A Ghost Story, excès de simplicité ?

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A Ghost Story de David Lowery n’est certainement pas à mettre devant tous les spectateurs… Non pas qu’il soit choquant, mais il est des films extrêmement compliqués à aborder, pour lesquels une bonne dose d’abstraction est de rigueur ainsi qu’un goût prononcé pour l’introspection, et une certaine lenteur toute contemplative. Donc non, A Ghost Story ne plaira pas à tout le monde, certains criant déjà au génie tandis que d’autres restent totalement hermétiques à son univers. Ce qui est un peu notre cas ici, même si le métrage a plus d’une qualité au passage. Le film a reçu le Prix du Jury et de la Critique au dernier Festival de Deauville.

3- Copyright Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

Synopsis : Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

4- Copyright Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

Casey Affleck joue le rôle d’un musicien, simplement appelé « C » tandis que sa femme, incarnée par Rooney Mara, est « M ». Ils se préparent à déménager de leur modeste maison. Ils semblent avoir une relation fluctuant entre passion et incompréhension, jusqu’au jour où, suite à un accident de voiture, il est tué – la scène intervient dans les dix premières minutes du film. Se relevant de sa table mortuaire sous un drap blanc, il retourne chez lui afin d’observer son ancienne vie qui s’estompe peu à peu. A Ghost Story semble assez absurde dans son concept, un homme hantant son ancienne maison dans un costume d’Halloween pour enfant : un drap avec deux trous percés pour les yeux. La longueur des plans est assez interminable il faut le dire, le réalisateur privilégiant souvent une caméra fixe, et la star de son film (le fantôme) se trouvant présent dans un coin sans bouger. Comme par exemple cette scène difficile de sept minutes dans laquelle Rooney Mara mange une tarte, assise sur le sol de sa cuisine, avec son défunt mari l’observant. Certains trouveront sûrement au film une parenté avec un certain Terrence Malick, il est clair que ce rythme extrêmement contemplatif ne sera pas au goût de toute le monde. Pourtant, l’histoire finit par révéler de subtiles évocations de la mort et du deuil, ainsi que le temps qui passe inexorablement.

2- Copyright Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

Alors que C paraît invisible à sa femme, le temps paraît soudain s’accélérer, il assiste d’abord à son deuil dans le chagrin puis la vie semble reprendre son cours et aller de l’avant. Avec une impassibilité presque déchirante, il la regarde alors qu’elle ramène un homme dans leur ancienne maison, et lorsqu’elle se prépare à déménager. De l’autre côté de la rue, un autre spectre en drap observe de loin, semblant attendre quelqu’un. Le fantôme de C n’est donc pas seul dans ce purgatoire silencieux, ce qui ne l’empêche pas d’être totalement livré à lui-même.

Le réalisateur offre un film tourné du point de vue de son fantôme, ce qui provoque une réflexion sur notre place dans le monde et les grandes questions habituelles sur la vie après le trépas : serons-nous longtemps pleurés après notre mort ? Les vivants vivent-ils un peu avec leurs morts d’une certaine façon ? La réponse (donnée plus tard au travers d’un nouveau protagoniste ayant acheté la maison) est assez noire et cinglante : la vie est vouée à se terminer, au fil du temps même la planète mourra. L’ombre de Tree of Life de Malick plane, une version plus intimiste ici quoique vaste dans son message. Les siècles passent, la petite maison de banlieue devient une ville avec des gratte-ciels, jusqu’à ce que le temps finisse par faire une boucle… Au départ, A Ghost Story devait être un film d’horreur, avant que Lowery change son fusil d’épaule. On se demande vraiment ce que cela aurait donné, la dimension horrifique n’étant suggérée qu’à deux reprises (le son du piano dans la nuit dans les premières minutes de film, et les enfants plus tard). Au lieu de ça, le réalisateur semble avoir créé son propre genre, très noir et existentiel, avec ce film à très petit budget.

1- Copyright Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

A Ghost Story est certainement le film le plus étrange qu’on vous proposera de voir cette année. Il est compliqué à appréhender, difficile à aimer si vous n’arrivez pas à percer cette carapace, mais c’est sûrement une manière inédite d’aborder la mort et le temps qui passe. Ce qui est sûr c’est qu’il vous faudra beaucoup de patience et d’ouverture d’esprit pour aimer le film de David Lowery (dont le précédent film était Peter et Elliott le Dragon, on ne peut pas faire plus opposé !), un conte inhabituel qui sera peut-être pour vous émotionnellement bouleversant.

Par @NicoBalazard (Cine-Nerd.fr)

Nicolas Balazard