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120 battements par minute, le film qui va droit au cœur ?

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En mai dernier, un film français fit sensation sur la Croisette au point que l’on pensait qu’il décrocherait la Palme d’Or. Il n’aura obtenu « que » le Grand Prix, mais 120 battements par minute a déjà réussi son pari : faire parler de lui. Mais est-ce que le film de Robin Campillo mérite bien tous ces éloges ?

Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

Cover 120 battements par minute Copyright Céline Nieszawer

© Céline Nieszawer

Un film engagé…

Le film commence au cœur de l’action, au sein d’Act Up Paris, association militante née dans les années 80 aux États-Unis qui lutte contre le SIDA. On y voit des bénévoles tentant de faire bouger les choses à propos du SIDA, sujet tabou en France comme ailleurs, où l’on préfère taire les nombreux morts quotidiens que l’épidémie emporte. Ces bénévoles, plus ou moins fortement engagés, font avec les moyens du bord pour marquer les esprits et mener à bien leur combat.

À la fin de la scène d’ouverture, prenante, on rentre déjà dans le cœur d’un des débats éthiques du film : faut-il utiliser des méthodes brutales et choquantes envers les membres des laboratoires pharmaceutiques pour parvenir à ses fins, ou bien continuer à être pacifistes en attendant que ces mêmes labos aient envie de publier des résultats sur la maladie ?

120 battemets par minute act up Copyright Les films de Pierre France 3 Cinéma

© Les films de Pierre France 3 cinéma

On est avec eux, dans cette salle filmée caméra au poing. On est avec eux dans leur combat, dans leurs réclamations, dans leurs coups de gueule mais aussi pendant les moments plus légers. On apprend à découvrir le personnage de Sean, puis celui de Nathan, le petit nouveau de l’association. Même si ce film n’est pas vraiment autobiographique, on sent pourtant le vécu de Robin Campillo derrière tout ça. Et on se dit que c’est bien, que 120 battements par minute est de ces fameux films qu’on dit « nécessaires » pour remettre les choses en place, en parler et ne pas oublier. Car comme on le répète tout au long du film : silence = mort.

… qui se transforme en histoire d’amour

Puis le film se transforme progressivement. Exit Act Up pour laisser place à une histoire d’amour brute entre deux de ces hommes. Certains trouveront cette histoire touchante, d’autres comme moi, regretteront tout de même que la partie histoire d’Act Up soit abandonnée en si bon chemin pour tomber petit à petit dans un film réaliste certes, mais aussi et surtout difficile. Car on a devant nous un film sur des amoureux, des amoureux séropositifs avec des amis séropositifs ne l’oublions pas.

Comme on peut s’en douter, il y a donc beaucoup de scènes dures à regarder. Beaucoup de scènes crues également, sexuellement parlant (en gros, ce n’est pas le genre de film qu’on voit pour se changer les idées et on évite d’y emmener de jeunes enfants…). Filmé au plus près des acteurs, sans artifices, 120 battements par minute prend aux tripes. On vous prévient, vous n’en ressortirez certainement pas avec un grand sourire mais le film vous restera en tête pendant longtemps… C’est le genre d’uppercut qui marque le cinéma, même s’il ne plaît pas à tout le monde.

120 battements par minute nathan Copyright Céline Nieszawer

© Céline Nieszawer

De mon côté, je regrette le voyeurisme d’une partie du film et l’abandon trop rapide du sujet Act Up qui nous est pourtant vendu dans la bande-annonce. Je suis restée malheureusement très froide face à tout ce qu’il se passe dans le film, sans apprécier aucun personnage, mais malgré tout, il est impossible de nier le talent des acteurs (mention spéciale au rôle de Sean) et de la réalisation !

Certaines scènes, notamment celle que l’on voit sur l’affiche, sont de véritables envolées, des hymnes à la vie et à l’amour, de belles parenthèses qui marquent les esprits. Mais à l’image du SIDA, 120 battements par minute peut se révéler ravageur. Vous pleurerez peut-être, vous serez parfois mal à l’aise, vous serez devant la réalité des faits, brute et sans détour. Robin Campillo ne ménage pas son public, ne fait pas dans le romantisme, mais  a trouvé une sacrée parade pour que l’on se souvienne de cette histoire, de ces visages, de cette maladie qui tue encore beaucoup dans le monde.

Une belle leçon de cinéma, que l’on accroche ou non, et qu’il faut découvrir dans les salles dès le 23 août. Mais ne vous y trompez pas, le titre ne fait pas référence à la durée du film (qui fait plus : 2h22 en réalité), mais au rythme de la house music que l’on entend régulièrement, comme à l’époque, très bien reconstituée. Alors pour ressentir un tourbillon d’émotions mélangées, direction les salles obscures ! On a hâte de connaître à la sortie, à combien votre cœur battait à la minute…

Pour voir la bande-annonce, cliquez ici !

Par @AnaBerno

AnaBerno Blogueuse