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Shia LaBeouf, l’écorché vif

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À l’affiche ce mercredi d’American Honey dans un rôle taillé pour lui, Shia LaBeouf retrouve la saine lumière des projecteurs, après plusieurs années émaillées par les frasques et les happenings artistiques excentriques.

“He will not divide us!” (“Il ne nous divisera pas !”). Barbe hirsute et longue chevelure plaquée sous un bonnet rouge, Shia LaBeouf hurle son mantra à l’oreille d’un suprémaciste blanc venu troller sa manifestation pacifique anti-Trump. Impossible à louper sur les réseaux sociaux depuis deux semaines, cette séquence est tirée d’une nouvelle performance du comédien, plus habitué ces dernières années à voir son nom en tête des top mèmes que placardé sur les murs des cinémas. Pour s’opposer à l’élection du 45ème président des États-Unis, Shia LaBeouf, aidé des artistes Nastja Säde Rönkkö et Luke Turner, a installé une webcam devant le Museum of the Moving Image, à New York, qui diffusera en live une manifestation anti-Trump pendant les quatre années de son investiture.

Mais le collectif LaBeouf, Rönkkö et Turner n’en est pas à son premier coup d’éclat. La reconversion de l’acteur en performer débuta en 2014, lorsqu’il se rendit à la Berlinale pour la présentation de Nymphomaniac un sac en papier kraft sur la tête, portant l’inscription “I am not famous anymore” (“Je ne suis plus célèbre”). Depuis, l’acteur américain a, entre autres, sauté à la corde pendant une heure, récité des discours de motivation à l’attention d’étudiants en arts devant un fond vert – donnant lieu à une pelletée de détournements, dont certains inoubliables –, passé 24h dans un ascenseur de l’université d’Oxford en Angleterre et visionné pendant trois jours consécutifs l’intégralité de sa filmographie dans l’ordre chronologique, caméra braquée sur lui. Bravo l’artiste !

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 Un acteur précoce

Car oui, outre le sujet d’art contemporain qu’il est devenu, Shia LaBeouf est avant tout un acteur. Il fut un talent éclos précocement, dans les bars de Californie où il se produisait en stand-up dès l’âge de 10 ans. Sa carrière débute réellement en 2000. Après deux rôles au cinéma, le jeune homme âgé de 12 ans se fait remarquer par Disney Channel, qui l’engage pour devenir la tête d’affiche de la série La Guerre des Stevens. Il y interprète Louis, farceur né qui livre une guerre sans merci à sa sœur Ren, pendant trois saisons. Son interprétation lui vaut en 2003 un Emmy Award.

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 C’est le début de la gloire pour Shia, qui enchaîne ensuite des rôles plus ou moins remarqués (et remarquables), notamment dans La Morsure du lézard, I, Robot, Constantine ou encore Charlie’s Angels – Les Anges se déchaînent, où il côtoie de grands noms tels que Will Smith, Keanu Reeves et Sigourney Weaver.

2007, l’année de la transformation

Après deux incursions dans un registre plus indépendant (Bobby et Il était une fois dans le Queens en 2006), Shia LaBeouf voit sa carrière bouleversée par son passage aux blockbusters en 2007, avec ses rôles dans Paranoïak, sorte de remake de Fenêtre sur cour, et surtout Transformers, deux énormes succès populaires. Aux côtés de la pulpeuse Megan Fox, il interprète Sam Witwicky, jeune lycéen amené à défendre malgré lui la planète contre des robots transformables, tout droit issus des jouets qui ont vu notre enfance.

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Devenu superstar hollywoodienne, Shia continue sa folle ascension en décrochant un rôle en or en 2008 dans la suite de la franchise Indiana Jones, Le Royaume du crâne de cristal, où il joue le fils d’Harrison Ford.

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Les années qui suivront seront fastes et synonymes de succès au box-office. Il retrouve le réalisateur D.J. Caruso dans L’Œil du mal, continue sa lutte contre les Decepticons avec 2 suites de Transformers, côtoie Michael Douglas dans Wall Street : L’argent ne dort jamais, se retrouve au temps de la prohibition dans Des Hommes sans loi et passe devant la caméra de Robert Redford avec Sous surveillance.

“J’ai merdé”

Mais après les billets verts et les records au box-office alliés à son statut de jeune surdoué suivra une période plus noire pour l’acteur, dont le point de départ semble se situer en 2012. Alors qu’il présente son court-métrage Howard Cantour.com au Festival de Cannes, il est accusé de plagiat par un auteur de bande-dessinée, soupçonnant Shia d’avoir puisé son inspiration dans son œuvre. “J’ai merdé”, expliquera ce dernier, dans une lettre où il ne nie pas les accusations. Une brouille publique avec Jim Carrey et une agression londonienne – dont il est victime – plus tard, il revêt son fameux sac en papier kraft à la Berlinale 2014, et cite le footballeur Éric Cantona en conférence de presse avant de s’éclipser sous quelques applaudissements gênés…

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Il s’agissait de la projection du sulfureux Nymphomaniac, du non moins sulfureux Lars von Trier. Pour décrocher le rôle, Shia LaBeouf avouera plus tard avoir envoyé une photo de son sexe à la production. Pendant le tournage de Fury de David Ayer (2014), qui dépeint le quotidien de l’équipage d’un tank à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a minimisé les douches pour coller au contexte, et se serait même arraché une dent pour les besoins de son personnage.

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Plus concentré sur son collectif depuis, Shia LaBeouf revient ce mercredi au cinéma avec American Honey, long-métrage d’Andrea Arnold, qui a reçu le Prix du Jury en 2016 dans la ville où les ennuis avaient commencé, Cannes. Il se glisse dans la peau de Jake, écorché vif aussi rêveur que dangereux. Un rôle taillé sur mesure pour Shia LaBeouf, qui prouve, à ceux qui l’avaient oublié, qu’il est bien un comédien pétri de talent. Une chose est sûre : l’acteur continuera de nous diviser.

Article publié le 8 février.